3 questions à Daniel Gilles, Président de Vent d'Ouest

 

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- Les 7e rencontres Vent d'Ouest se sont tenues à Lorient début septembre, quels enseignements en tirez-vous ?

 Daniel Gilles : C'étaient certes les septièmes, mais aussi les secondes depuis le changement de majorité, de gouvernement et de Président en 2012.  L'heure n'était pas encore au bilan, mais c’était l’occasion d’un échange d'appréciations entre différentes personnalités et courants ayant concouru à se défaire (relativement de justesse) de la domination de Sarkozy / Fillon et des forces de droite et à ceux-ci de réfléchir ensemble à partir d'une série de questionnements proposée par Vent d'Ouest.

Le Blog de l'association, http://ventdouest.canalblog.com permet de retrouver les dires et les expressions des uns ou des autres, de Jean-Yves Le Drian à Bernard Thibault.

Même si ce genre d'initiative n'est pas facile à mettre sur pied, la bonne centaine de participants ont estimé important de persévérer et même de renforcer ce concept et ce rendez-vous lorientais annuel...

 - Quelle a été la tonalité générale ?

D.G. : Après un été plutôt ensoleillé, la rentrée, dans une actualité chargée de nuages internationaux, a été difficile pour nombre de jeunes, de familles de femmes et d'hommes mais aussi pour l'activité économique. Si l'an dernier, les participants s'étaient réjouis du changement et dit leurs souhaits de voir les réformes progressistes être décidées et le redressement du pays mis en chantier, cette fois, divers doutes, déceptions voire mécontentements se sont  mêlés à la réaffirmation de la nécessité d'avancer dans la durée avec ténacité pour faire face aux difficultés, à la crise, au pouvoir de l'argent et de tout faire pour que la gauche réussisse.

Chacun a bien en tête que des postures isolées, polémiques et fermées ne peuvent être les bonnes réponses, d'autant que les droites et leur extrême peuvent travailler la démagogie, le populisme accompagné souvent d’ un jeu bien dangereux de certains médias. L'idée de la diversité dans l'unité a dominé.

Pour  éviter que l'on s'oriente pour 2017 (c'est dans 3 ans...) vers une sorte de dramatique remake de 2002  -ce qui serait  absolument terrible-,  il faut s'arcbouter, travailler, reconquérir croissance, confiance, engagements. Le bateau à la cape ou non doit prendre un bon cap !

- Des propositions pour l'avenir…

D.G. : Si pas grand monde ne se sent très bien dans la posture du doigt sur la couture du pantalon et préfère la conscience à la consigne, beaucoup s'interrogent sur la domination des appareils, des administrations, des technostructures. Depuis assez longtemps, beaucoup sont également revenus de l'idée d'un homme providentiel. Tous réfléchissent, cherchent et appellent chacun à être acteurs positifs dans le changement. Certains ont parlé de rassemblement de tous les progressistes, d'engagement citoyen renforcé, de « Front populaire nouveau » d'ambition nationale, d'institutions pour une nouvelle République, d'un projet à reconstruire pour l'Europe, de la nécessité de s'opposer avec constance et ténacité à l'ennemi sans visage de la finance, mais aussi au conservatisme, à l'individualisme. Bref d'être au 21e siècle et dans le mouvement ! De ne jamais renoncer à un monde meilleur sans oublier le quotidien les échéances du local au régional, du national au mondial.

Puisse cette nouvelle année être riche d'inflexions, d'initiatives, d'actions pour peser sur notre destin. Qu'un certain Vent d'Ouest y contribue et que nous renforcions un mouvement vers de nouveaux rendez-vous.

Sur le site de la Gauche Cactus

COLLOQUE VENT D’OUEST :

POUR L’UNION, MAIS COMMENT ?

par  João Silveirinho 

Ce qu’il y a de sûr, dans les Rencontres de Vent d’Ouest à Lorient, c’est que l’accueil et la convivialité sont toujours au rendez-vous, sous la houlette du capitaine de bord Daniel Gilles, viec-président du Conseil régional dans le civil, des compères Thierry Goyet et François Guion et de leur petite équipe de bénévoles. Ce qu’il y a de très bien, c’est que nous y trouvons chaque année Jean-Luc Gonneau, notre vénéré directeur de publication, invité pour la septième fois (sur sept), ainsi que des intervenants élus locaux, cette année, des habitués eux aussi, les conseillers régionaux Gérard Lahellec (PCF) Mona Braz et Herri Gourmelin (Union Démocratique bretonne), dont la liberté de ton est rafraîchissante par rapport à une trop fréquente langue de bois politique. Et aussi des élus nationaux. La brochette de cette année fut une bonne pioche : Richard Ferrand et Philippe Noguès (députés PS de Bretagne), Jean-Noël Carpentier (le seul député, Val d’Oise, du Mouvement Unitaire Progressiste, MUP, créé par les amis de Robert Hue), Marc Dolez (député Front de Gauche du Nord) n’ont pas fait l’ENA, ne sont pas passés par les cabinets ministériels, ont eu une vie professionnelle, et syndicale dans le cas de Philippe Noguès, avant de devenir parlementaire. Pas de langages d’apparatchiks, donc. Plateau complété par des interventions vidéos du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, déjà plus convenu, fonction oblige, et de Bernard Thibault, l’ancien leader de la CGT, qui exprima notamment tout le mal qu’il pensait de la réforme des retraites à venir, ce qui ne plut guère, dans la salle, à un secrétaire de section locale du PS. Comme le disait l’éminent philosophe contemporain Marc-Olivier Fogiel, on ne peut pas plaire à tout le monde.

Interventions hors langue de bois, traduisant bien les soucis posés par la situation politique du pays, éclairées parfois par une analyse de la situation internationale, et ne masquant pas les divergences, amicalement exposées, celle par exemple entre la régionaliste et fédéraliste au niveau européen Mona Braz et le plutôt jacobin Jean-Luc Gonneau. Et si nos quatre parlementaires et les élus régionaux souhaitaient tous l’unité aux prochaines élections municipales, l’analyse des conditions politiques pour réussir cette unité était bien différente entre les députés du PS et du MUP et Marc Dolez ou Gérard Lahellec. Ce qui traduisait, on s’en doute, leur analyse de la politique gouvernementale, soutenue, même si quelques bémols, par les premiers, critiquée par les seconds, le plus acide, Cactus oblige, étant Jean-Luc Gonneau : « Il y a peut-être quelques avancées, mais de grosses lacunes : dans le domaine de la santé, Marisol Touraine mène-t-elle une politique de gauche ? Non. Dans celle concernant les libertés publiques, Manuel Valls conduit-il une politique de gauche ? Non. Dans la lutte contre la toute puissante finance, Pierre Moscovici fait-il avancer des solutions de gauche ? Non… ».

Chacun voudrait bien l’unité électorale, mais sur quels compromis ? Une affaire qui n’est pas gagnée, malgré la menace, soulignée par plusieurs intervenants, que fait planer la montée du Front national. Si vous n’y étiez pas, vous pouvez voir les vidéos des intervenants sur http://ventdouest56.canalblog.com. Et si vous y étiez, vous pourrez les revoir